La faïencerie Henriot Quimper produit des pièces peintes à la main depuis la fin du XVIIe siècle, dans le quartier de Locmaria. Pour un débutant, distinguer les décors les uns des autres peut sembler déroutant : petits Bretons, motifs floraux, scènes inspirées de Rouen ou de Nevers cohabitent dans un catalogue riche de plusieurs siècles de production. Comprendre ces décors, c’est lire à la fois une histoire régionale et un dialogue permanent avec d’autres centres faïenciers français.
Influences de Rouen, Nevers et Marseille sur la faïence de Quimper
Les concurrents se concentrent presque toujours sur le « petit Breton » comme point de départ. L’histoire des décors commence pourtant ailleurs. Avant l’émergence d’un style proprement quimpérois à la fin du XVIIIe siècle, les faïenciers de Locmaria ont largement emprunté aux répertoires décoratifs d’autres manufactures françaises.
Un article récent d’Ouest-France rappelle que les décors historiques de Quimper viennent aussi de réinterprétations de styles de Marseille, Nevers et Rouen. Les lambrequins rouennais, les camaïeux bleus de Nevers, les guirlandes provençales ont tous laissé une empreinte sur la production quimpéroise avant qu’un vocabulaire local ne s’impose.
| Influence | Caractéristiques visuelles | Période d’emprunt |
|---|---|---|
| Rouen | Lambrequins, décors rayonnants bleu et rouge | Début du XVIIIe siècle |
| Nevers | Camaïeu bleu, scènes mythologiques | XVIIIe siècle |
| Marseille | Guirlandes florales, palette polychrome | XVIIIe siècle |
| Quimper populaire | Personnages bretons, bordures simples | Fin du XVIIIe siècle et au-delà |
Ce tableau aide à situer ce que l’on observe sur une pièce ancienne. Un plat aux lambrequins symétriques n’est pas « moins quimpérois » qu’un bol au petit Breton : il appartient à une strate plus ancienne de la production.

Décor au petit Breton : ce que montre vraiment la scène peinte
Le décor au « petit Breton », créé vers 1860 selon la page Wikipédia consacrée à la faïence de Quimper, est devenu le motif le plus identifiable de la manufacture. Il représente un personnage en costume traditionnel breton, souvent seul, parfois accompagné d’éléments végétaux ou architecturaux.
Ce décor a donné lieu à de multiples imitations par d’autres manufactures, ce qui rend l’identification d’une pièce authentique moins évidente qu’il n’y paraît. Quelques repères aident à s’y retrouver :
- Le personnage est peint à main levée, avec des traits de pinceau visibles et une légère asymétrie propre au travail manuel.
- La bordure qui encadre la scène varie selon les époques : bandes jaunes et bleues, guirlandes florales, ou simples filets colorés.
- Les couleurs dominantes restent le bleu, le jaune orangé et le vert, posés sur un émail blanc épais caractéristique du stannifère.
Un débutant qui examine un plat au petit Breton gagne à observer la qualité du trait avant de chercher une signature. L’irrégularité du coup de pinceau est un signe d’authenticité, pas un défaut.
Lire le revers d’une pièce Henriot Quimper
Un article d’estimation publié récemment insiste sur un point que les débutants négligent presque toujours : le revers d’une pièce est aussi informatif que le décor peint. Marques de manufacture, traces de pose dans le four, annotations manuscrites permettent de dater une pièce, d’identifier l’atelier et parfois le peintre.
La marque « HB » (pour Hubaudière-Bousquet) et la marque « Henriot » correspondent à deux lignées historiques distinctes qui ont fusionné au XXe siècle. Sur les pièces plus récentes, on trouve la mention « Henriot Quimper » accompagnée parfois d’un numéro de série ou d’initiales de décorateur.
Les traces de pose, ces petits points ou marques laissés par les supports de cuisson, renseignent sur la technique d’enfournement utilisée. Leur position et leur nombre varient selon les époques. Un revers lisse et uniforme sur une pièce prétendument ancienne doit éveiller la méfiance.

Rééditions et créations contemporaines de la faïencerie Henriot
Henriot Quimper ne se limite pas à la conservation muséale. La manufacture continue de produire des décors traditionnels tout en développant des lignes contemporaines. Les rééditions officielles sont réalisées à partir des archives du musée Henriot, avec un décor entièrement peint à la main selon les techniques d’origine.
La différence entre une pièce ancienne et une réédition tient au contexte de production, pas à la qualité du geste. Le savoir-faire reste manuel, et la manufacture détient le label Entreprise du Patrimoine Vivant, qui distingue les entreprises françaises aux savoir-faire rares.
En revanche, les créations contemporaines s’éloignent parfois du répertoire breton classique. Collaborations avec des designers, éditions limitées et décors géométriques coexistent avec les petits Bretons dans le catalogue actuel. Pour un collectionneur débutant, distinguer une réédition d’une pièce d’époque passe par l’examen du revers et de la marque de manufacture.
Visiter le musée de la faïence à Quimper pour comprendre les décors
Le musée de la faïence de Quimper, situé dans le Finistère, propose des visites commentées qui permettent de voir les différentes époques de production côte à côte. C’est le moyen le plus direct pour un débutant de comparer visuellement les styles rouennais, les scènes bretonnes et les pièces contemporaines.
La ville de Quimper organise aussi régulièrement des événements autour de la céramique. Un week-end récent a permis de découvrir la faïence « sous toutes ses formes » selon Ouest-France, avec des démonstrations et des expositions temporaires. Ces rendez-vous donnent accès aux artisans et aux explications techniques que les livres ne remplacent pas toujours.
Le style « Quimper » reste identifié dans le monde entier, en particulier aux États-Unis, au Canada et au Japon, où les collectionneurs reconnaissent immédiatement le nom de la ville. La faïencerie Henriot Quimper n’est pas un simple atelier régional : c’est un art breton vivant, encore façonné à la main à Locmaria, dont les décors se lisent comme les strates successives de plus de trois siècles de production.

